La résistante bordelaise

 

Femme de science, militante au sein d’un réseau catholique très actif dès les années 1930 dans la lutte contre le nazisme et le fascisme, Laure GATET va rejoindre l’un des tous premiers réseaux de résistance gaulliste fondé en France : le CND-Castille.

 

Une jeune femme profondément marquée par le traumatisme de la défaite de 1940 …

 

Elle rentre à Périgueux le soir du 19 juin 1940. La faculté des sciences vient d’être licenciée. Laure et sa tante ont vécu le bombardement de 12 heures  qui s’est abattu sur Bordeaux. Réfugiée auprès de ses parents à Périgueux de juin à début octobre 1940, sa mère est alors témoin de son désarroi. 

En cet été et automne 1940, l’avenir paraissait bien incertain. Toutefois Laure semble rapidement convaincue que la guerre n’est pas terminée qu’il faut poursuivre la lutte aux cotés des britanniques. Ainsi à noël 1940 à Périgueux, au détour d’une conversation affirme-t-elle à sa  mère : « les anglais ont résisté et s’organisent, tu verras, maman, nous les chasserons »[1]. Comme de nombreux membres du réseau de résistance CND-Castille qu’elle intègre en janvier 1941, on peut penser que l’engagement de Laure fut essentiellement animé par un esprit patriotique axé à la fois sur le refus de l’occupation et le refus de la défaite[2].

 

Alors que la situation de 1940 impliquait de fait la soumission : l’Allemagne dominait le continent européen, la fin de la Grande-Bretagne semblait proche, l’armistice avait été signé, Laure fut pourtant de ceux qui refusèrent d’entrer dans le jeu de l’ennemi. Ce refus induisait automatiquement, les voies de la désobéissance civile et de l’illégalité. En choisissant cette voie, elle avait certainement conscience qu’elle mettait en danger à la fois sa brillante carrière de scientifique mais surtout sa propre existence. 

 

Pourtant rien au sein de son milieu familial ne semblait la prédisposer à suivre cette voie. Issue d’une famille de la petite bourgeoisie de province,  Laure semble s’être très tôt démarquée du conformisme intellectuel familial dans lequel elle avait grandi. Le professeur Louis Genevois note ainsi dans ses souvenirs associaient à Laure :

 

« Son père était avant 1940, directeur d’école Normale d’Instituteurs de Périgueux. Ces fonctions supposaient un certain conformisme intellectuel. Laure GATET rejeta très tôt ce conformisme »[3].

 

Appartenant à une communauté enseignante « jugée responsable de la défaite », le père de Laure,  Louis GATET, se retrouve dans la délicate posture de fonctionnaire de l’Etat Français. Sans jamais manifester le moindre soutien au nouveau régime,  il bénéficie, cependant, de la confiance des autorités de Vichy.  Par arrêté du 30 octobre 1941, il est délégué dans les fonctions d’Inspecteur d’Académie en résidence à GUERET (Creuse)[4]. Il prend officiellement ses fonctions le 9 novembre 1941[5]. Il fait l’objet d’une surveillance policière. Le 17 octobre 1941, le préfet de la Dordogne  sollicite le commissaire de Police de Périgueux afin d’obtenir « des renseignements très confidentiels, les plus complets, notamment sur l’attitude au point de vue national de M. GATET, directeur de l’Ecole Normale d’instituteurs de Périgueux »[6]. Le fonctionnaire de police adresse son rapport au préfet le 27 octobre 1941 :

 

« M. Gatet est un érudit et grand travailleur, il passe la majeure partie de son temps à perfectionner ses connaissances, notamment en psychologie. Très sobre, il sort rarement et mène une vie exemplaire. […] Monsieur GATET n’a que de rares mais honorables fréquentations et il jouit de l’estime et de la considération du corps enseignant. Au point de vue politique, sans pouvoir dire que M. GATET s’en désintéresse totalement, on s’accorde à reconnaître que depuis qu’il est domicilié dans notre ville il a su conserver une attitude absolument neutre. »[7]

 

 Aux yeux de l’administration de Vichy, « ce fonctionnaire qui occupe un rang élevé dans la hiérarchie administrative, jouit d’une grande considération et est d’une parfaire honorabilité »[8].

 

Selon le témoignage du professeur Genevois, Laure GATET,  jeune femme brune d’une « taille impressionnante », au « visage grave » et « au regard profond » était animée d’une « réflexion sévère » sur son époque[9]. Tout en elle laissé entrevoir  déjà le « visage de l’héroïne prête au sacrifice »[10].  

 

C’est vraisemblablement pendant ses années d’études à Bordeaux que Laure affermit ses convictions politiques.

 

Etudiante, Laure GATET milita avant la guerre au sein d’un groupe de jeunes catholiques réuni par le père jésuite Antoine DIEUZAIDE[11], rue du Pont-de-la-Mousque, au foyer Henri Bazire de Bordeaux. Le professeur Louis GENEVOIS témoigne de son engagement :

 

« Une foi ardente animait ces jeunes filles, qui ne pouvaient se contenter d’une religiosité de tradition. Elles s’efforçaient de repenser le monde contemporain, à la lumière de la foi et de la charité. »

 

De nombreux jeunes qui militaient dans ce groupe entrèrent par la suite en résistance dès juin 1940. 

 

« Beaucoup des amis, des disciples du père, se sont également engagés dans la Résistance. Le témoignage de plusieurs d'entre eux montre, d'ailleurs, que les motivations profondes de leur engagement prennent leur source dans un esprit chrétien, insufflé par le père Dieuzaide. Si bien que naturellement, ils ont refusé la domination nazie, alors que tout leur milieu, culturel, social et religieux les poussait à accepter et à soutenir le régime de Vichy. » [12]

 

Le père Dieuzaide est, ainsi, à l'origine d'un courant chrétien de résistance, « dont il est absolument impossible de cerner l'importance exacte, mais qui a joué un rôle non négligeable dans la lutte contre le nazisme ».

 

Ce foyer chrétien de résistance prend sa source à Barèges. Dans ce camp de vacances catholique fondé en 1922, dès 1938, est fondé un « comité catholique d’accueil aux Réfugiés d’Espagne » à l’origine du secours catholique.

 

 « La plupart des résistants chrétiens, amis du père Dieuzaide, sont d'anciens Barégeois. Ils ont, donc, connu et vécu "l'esprit de liberté du plateau du Lienz, ils ont été sensibilisés aux dangers du positivisme par le père Dieuzaide, ils ont été avertis des menaces hitlériennes par le groupe Gunther et ils ont, surtout, expérimenté une façon de vivre fondée sur l'accueil de l'autre, sur la liberté, sur la création et sur l'amour, qui est aux antipodes mêmes de l'idéologie nazie. Il est bien évident que les participants du camp ne pouvaient pas ne pas détester l'autoritarisme, le racisme, la guerre et la discipline hiérarchique. Les expériences vécues sur le plateau les ont naturellement amenés à combattre le nazi. »[13]

 

Laure faisait parti du groupe des « barégeois de Bordeaux » comme le rappelle le R.P Dieuzaide dans une brochure éditée en 1947 : « Barèges à ses morts » édition Desfossées, 1947, le père Dieuzaide rappelle la présence de Laure dans le groupe des

 

Laure GATET […] venait très régulièrement aux réunions du groupe de sciences auquel elle prenait une part active. Nous savions tous quels étaient ses sentiments vis-à-vis de l’occupant… sans pour cela connaître son activité exacte. »[14]

 

… qui, par convictions, fait le choix de la Résistance…

 

Début octobre 1940, Laure retourne à Bordeaux avec sa tante pour s’installer dans un petit appartement situé 3 rue du Teich, « sous loué par Mme MARCELLY, veuve d’un ancien proviseur »[15] dans un une ville désormais occupée.

 

Laure GATET reprend au laboratoire biologique du professeur Genevois sa place de boursière du Centre National de la Recherche Scientifique [CNRS] qu’elle occupe depuis qu’elle est docteur ès-sciences. Sa mère indique qu’à Bordeaux « elle cesse de voir toute ses relations qui semblent manifester quelque sympathie à l’occupant ». Elle s’entoure essentiellement de ceux qui comme elle, « souhaitent la délivrance de la France et qui, tout de suite, par le cœur, se sont rangés aux côtés du Général de GAULLE ». 

 

C’est au sein de ce milieu universitaire que Laure commença à s’engager dans la résistance d’abord par des actions de propagande contre l’occupant. Dès l’automne 1940, Laure GATET « prêcha la résistance autour d’elle, avec un mépris certain du danger ».

 

Selon Louis GENEVOIS, il n’était pas étonnant que de nombreux scientifiques, comme Laure GATET, fassent le choix de la résistance.

 

« Ce n’est certainement pas le fait du hasard si les chercheurs scientifique furent presque tous du côté de la résistance, si les meilleurs chercheurs firent les meilleurs résistants. […] Le chercheur est un homme qui ne se satisfait pas de la réalité établie, qui pressent qu’il existe des lois encore inconnues, un déterminisme qu’il faut mettre en évidence. Le chercheur travaille pour la vérité future, pour un monde à créer. Il sait que l’imagination et la patience sont deux qualités indispensables, que la découverte est rarement une illumination brutale, elle est le plus souvent le fait de l’entassement d’une multitude de petits faits, de petites preuves, qui finissent par étayer un nouveau système de connaissance. La résistance était la négation du monde établi, le refus de considérer comme définitif le système de valeur imposées par l’occupant, la vision d’un univers futur à créer[16]. »

 

Elle ne se contentait pas de faire de la propagande verbale. C’est au sein du  laboratoire de chimie physiologique de la faculté de sciences de Bordeaux qu’elle avait fait la connaissance de Pierre CAYROL et de son frère Jean[17]. C’est Pierre CAYROL qui l’entraine dans la résistance[18].

 

Pierre CAYROL  avait été étudiant de thèse au laboratoire du professeur Genevois de 1930 à 1934. Il était attaché au laboratoire depuis 1937.

 

« Pierre CAYROL, ingénieur des poudre de l'Armée n'avait pas connu le combat en 1940. Il  s’excusait, se considérait comme fautif. « Je n'ai pas fait mon devoir de combattant en 1940 », disait-il. Il faut que je répare cette faute. Je suis engagé dans les organisations de Résistance. Je sais que c'est très dangereux. Je risque ma vie, mais je dois le faire pour que la France retrouve son indépendance. Pierre CAYROL, m'avait présenté son frère Jean dès les années 1934. Jean écrivait des poèmes qui révélaient un grand écrivain. Je savais dès cette époque, qu'il aurait un jour un grand nom. Il était un grand cœur. A l'automne 1940, il m'était évident que la guerre, loin d'être finie, était à peine commencée et si je ne me cachais pas pour le dire : nous avions vu un "lever de rideau" sur la pièce principale. Pierre Cayrol me demanda, en septembre 1940, s'il fallait partir à Londres ou rester en France. Je lui répondis : Ce sera très long, il vaut mieux rester. Je savais les clairvoyants peu nombreux. Les "officiels" n'hésitaient pas à publier que "La France était devenue royaliste en 1815, sous un occupant royaliste ; et qu'elle devenait nazie en 1940 sous un occupant nazi". (Adrien Marquet, maire de Bordeaux, septembre 1940). Il fallait empêcher que cette démission morale de la France devienne définitive. Il fallait souffrir en silence, mais il fallait considérer l'occupation comme temporaire. »[19]

 

…au sein d’un des premiers réseaux de résistance en France : le CND-Castille.

 

C’est officiellement en janvier 1941 qu’elle est présentée par les Pierre et Jean Cayrol et intègre le réseau Confrérie Notre Dame (CND), une organisation clandestine de renseignement implantée à Bordeaux et sous le commandement du colonel Fleuret alias « Espadon ».

 

Fondée en novembre 1940, la Confrérie Notre Dame est un réseau de renseignements rallié à la France libre. C’est l’un des premiers réseaux du Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) à voir le jour dans la France occupée. Il prend naissance en Aquitaine à la limite entre la Gironde et la Dordogne, sous l’impulsion d’un agent envoyé par Londres, le colonel Rémy. Dès juin 1940, dans la France occupée, des hommes et des femmes se regroupaient afin de combattre l’occupant. Leurs motivations étaient diverses, elles mêlaient l’élan patriotique, l’honneur et le refus de la défaite, la préservation de l’identité et le respect de la tradition démocratique française auxquelles s’ajoutait la révélation de la nécessité du combat idéologique contre les dogmes nazis. Ainsi le 22 juin 1940, à l’annonce de la signature de l’armistice, un groupe de sept hommes se réunirent  à l’initiative de Louis de La Bardonnie (alias Isabelle) au château de La Rocque, près de Saint Antoine-de-Breuilh en Dordogne. Cette réunion était l’acte de naissance du futur réseau CND-Castille. Ce groupe constituait l’embryon de ce qui allait devenir le plus important réseau de renseignement militaires de la Résistance et l’un des tout premiers créés en France. Les membres de ce groupe s’organisèrent et décidèrent que leur action porterait sur 4 axes :

 

- L’établissement de points de passage de la ligne de démarcation.

- « L’Action », par des sabotages (clous sur les routes, sucre dans les réservoirs, déplacements des panneaux de signalisation, etc.)

- La mise en place de points d’observation (port de Bordeaux, ligne de démarcation, aérodromes, etc.)

- La collecte de tout renseignement sur les forces allemandes et leur économie de guerre.

 

Peu à peu, leur organisation s’est étayée et les renseignements commencèrent à affluer. Mais, face à cette extension, ils prirent conscience de plusieurs problèmes. Ils étaient cruellement en manque d’argent et ils avaient besoin de directives et de coordination Dès juillet 1940, ils échouèrent dans leur tentative d’établir un premier contact avec l’ambassade de Grande-Bretagne en Suisse. Ce n’est qu’en octobre 1940 qu’un des leur, l’abbé de Dartein rejoignit Londres, via le Portugal emportant le courrier et les photos d’identité du groupe. Suite à la venue de cet émissaire, Londres décida d’envoyer un chargé de mission à la rencontre de ce groupe. Celui-ci fut Gilbert Renault (alias Raymond, et par la suite Rémy.  Il fut mis en contact par l’un de ses informateurs avec le groupe formait par Louis de La Bardonnie qui accepta de prendre la tête d’un groupe régional de renseignement travaillant dans la région de Bordeaux : le CND-Castille.

 

Lorsque Laure GATET intègre ce réseau en janvier 1941, ce dernier existe depuis à peine trois mois mais il est déjà en pleine expansion. Il compte plus d’une centaine d’agents. Sous l’impulsion du colonel Rémy et grâce aux contacts de Louis de La Bardonnie, une antenne du CND-Castille est implantée à Bordeaux.

 

Bordeaux et plus largement l’Aquitaine occupent une position stratégique. Les forces d’occupation allemande y ont déployé un triple système de contrôle, destiné à surveiller tout mouvement de personne ou de matériel à la fois sur la ligne de démarcation qui sépare la zone libre de la zone occupée, sur la frontière espagnole et sur le littoral atlantique. Le port de Bordeaux joue un rôle stratégique dans ce dispositif de contrôle. Il sert de base de départ pour les « forceurs de blocus », bateaux destinés à ravitailler l’économie allemande en matières premières et qui assurent les liaisons avec l’Extrême-Orient et surtout le Japon. Sur le plan militaire, dès les premiers jours de l’Occupation, les bassins à flots de bacalans jouent un rôle essentiel en abritant les premières unités navales des forces de l’Axe. Dès septembre 1940, une vingtaine de sous marins italiens sont installés. A partir de 1942, la Kriegsmarine allemande prend très largement le relais. La surveillance des activités du port de Bordeaux devient un enjeu primordial pour les forces britanniques.

 

L’antenne de Bordeaux est dirigée par Jean FLEURET (1895-1953) dit « Espadon ». Ancien syndic des pilotes révoqué par Vichy mais ayant encore « toutes ses entrées »,  Fleuret pouvait obtenir des informations sur tout ce qui se passait dans le port de Bordeaux. La navigation dans l’estuaire de la Gironde était trop difficile pour que les Allemands puissent se passer des pilotes français, or ces pilotes sont des amis d’Espadon. De mars 1941 à juin 1942,  à une époque où la base sous-marine et commerciale de Bordeaux jouait un rôle de premier plan dans les opérations de guerre, rien de ce qui valait la peine d’être signalé n’a été inconnu des alliés. Afin de faciliter le transit des informations, le BCRA avait transmis via l’Espagne des postes émetteurs à ces premiers chefs de mission. L’antenne du CND-Castille de Bordeaux reçoit ainsi en mai 1941, son premier poste émetteur qui fut manipulé par Ange Gaudin, dit « champion », ancien radio navigant du Colbert, qui avait réussi, début 1940, à décrypter un code secret de la Marine Italienne. Bordeaux transmit régulièrement des informations sur les manœuvres de la Kriegmarine.  Les informations d’Espadon et de ses agents furent à l’origine de la destruction de 11 sous-marins allemands et italiens, de plus de 20 cargos transportant du matériel de guerre de première importance. Ainsi le « Norward » ravitaillant en carburant et en torpilles les U-Boote opérant dans l’Atlantique. En novembre 1941, Espadon a aussi pu se procurer une lamelle de métal fabriqué en grand secret pour le compte de la Luftwaffe aux usines de Mérignac[20].

 

Laure GATET est au sein de ce  réseau un agent de liaison « ce qui équivaut au grade de Sous-lieutenant ».  Le colonel Rémy dans un témoignage en date du 15 janvier 1983, rapporte les propos que lui a tenu le colonel « Espadon », chef pour le secteur sud-ouest du réseau CND-Castille : « Laure GATET fut pour moi un agent de liaison modèle. Je lui confiai de très nombreuses missions à la frontière espagnole, le transport de nombreux plans dérobés à l’ennemi et que celui-ci cherchait à recouvrer, le transport de postes émetteurs… », Parallèlement, elle recueille des renseignements, le tout si adroitement que sa tante avec qui elle vit et ses collègues de laboratoire, ignorent son activité.

 

Laure GATET a l’habitude, chaque dimanche matin de retrouver un certain nombre de membres de son réseau qui prétextant une conférence littéraire, se réunissent cours Victor Hugo, à Bordeaux. « Là, rapporte la mère de Laure GATET, chacun fait part des renseignements qu’il a pu recueillir dans la semaine. Ils ont un poste émetteur et transmettent des messages à Londres. ». Et elle ajoute : « Ma fille est chargée spécialement de porter des messages, soit à la frontière espagnole, soit de leur faire passer la ligne de démarcation pour être adressés à Londres ou aux agents de la zone libre ». Pour faire face aux difficultés qu’il/elle rencontre chaque agent de liaison à sa « tactique ». Laure GATET « a inventé de transporter les papiers compromettants dans des boites à poudre à récurer (poncettes) qu’elle décachette délicatement et referme après y avoir introduit ce qu’elle veut cacher ». Elle a pu grâce à ses travaux de laboratoire, obtenir un laissez passer  (Ausweis) permanent. Fréquemment en visite chez ses parents à Périgueux, Laure GATET est à « chaque fois fouillée à Montpon ». Elle est déshabillée  mais à plusieurs reprises passe  la ligne de démarcation sans  être inquiétée, et sa mère d’ajouter « Elle m’arrive toute réjouie : ils n’ont rien trouvé »[21].

 

Il était imprudent de faire à la fois de la propagande et du renseignement. La plupart des membres du réseau sont de très jeunes gens insouciants du danger. Le professeur Genevois a observé durant le printemps 1942 a quel point ces jeunes résistants « nourris de la certitude d’une inéluctable victoire des alliés, manquaient de prudence ». Laure GATET ne faisait aucun mystère de son appartenance à une organisation de Résistance.

 

« J’avais des craintes ; ma secrétaire m’a raconté plus tard qu’elle avait été épouvantée par l’attitude de Laure GATET »[22].

 

La plupart des membres du réseau dirigeait par « Espadon » sont  alors de très jeunes gens, amis de son fils. De son côté, la mère de Laure GATET confirme :

 

« L’habitude quotidienne du danger rend les membres du réseau imprudents. Ils commettent la folie de se dévoiler entre eux leur véritable identité. Ce n’est plus par X 15 que ses camarades désignent ma fille, mais par son véritable nom. On sait son adresse, malgré les avertissements de ma pauvre sœur qui tremble, à chacune de ses absences, de ne pas la voir rentrer »[23].

 

…au péril de sa vie.

 

Ces imprudences allaient conduire  à l’arrestation de Laure et au démantèlement de l’agence du CND à Bordeaux en juin 1942 par les forces d’occupation allemande suite à la trahison d’un agent de transmission du réseau Pierre CARTAUD, de son nom de guerre « capri ».

 

 Selon le professeur GENEVOIS, il était évident que « les services de la Gestapo étaient au courant », des agissements du CND-Castille sur Bordeaux. Les forces d’occupation « cherchaient à établir d’une manière aussi complète que possible l’effectif du réseau. » La trahison d’un de ses membres allait leur donner l’occasion de porter un coup fatal à l’antenne du CND-Castille de Bordeaux et de sa région.  

 

Pierre CARTAUD, jeune homme âgé d’une vingtaine d’années « aux cheveux noirs lustrés, plutôt belle gueule »,  étudiant en médecine, il était un ami de longue date du fils de Jean FLEURET, ce dernier le considérait d’ailleurs comme son second fils. Le père du jeune homme était officier dans la LVF, sur le front de l’Est. Malgré les mises en garde de sa tante, Laure GATET manifesta de la sympathie pour ce jeune homme de 23 ans :

 

« (Laure) s’occupe beaucoup de Pierre CARTAUD (Capri) qui n’a que 20 ans et qui lui fait pitié parce que son père est officier dans la légion des Volontaires Français contre le front russe. Capri dit qu’il souffre beaucoup de cette situation particulière et tous ses camarades ont des attentions particulières pour lui. Ma sœur supplie Laurette de ne plus admettre Capri dans leurs réunions, mais elle prétend qu’un tel geste pourrait entraîner Capri à se donner la mort, qu’il a dans les yeux un tragique désespoir… »[24]

 

Rien ne laissait présager qu’il pouvait les trahir. En mars 1942, Laure et quelques-uns de ses amis sont réunis cours Victor Hugo. Pendant leur réunion secrète, « ils furent surpris par les allemands et Cartaud (Capri) qui devait plus tard les livrer, sauva la situation en cachant le poste émetteur dans la cheminée ». Il est même arrêté par une patrouille allemande alors qu’il est en mission tout près de la ligne de démarcation. Conduit au poste de contrôle de Capitourlan, il est enfermé dans une petite pièce, abandonnant son vélo au-dehors. Au bout de plusieurs heures, il est mené devant un officier. Fouillé de la tête aux pieds, il réussit à s’en sortir en racontant que sa mère l’avait chargé de trouver des vivres dans la région et qu’il se trouvait là par hasard. Il est finalement relâché. Présenté au colonel Rémy, il est même félicité par ce dernier. Il aurait pu prendre la direction opposée. Son père avait cherché à l’entrainer dans la légion antibochevique, où il était capitaine. Revenu en permission, il reprocha violement à son fils de ne pas s’être engagé, le suspectant même d’être « affilié aux gaullistes » et menaçant de le dénoncer aux autorités allemandes[25].

 

Bénéficiant de la confiance de Jean Fleuret, il est présentait au colonel Rémy qui décide  de l’affecter à Paris en avril 1942. Il lui dressa la liste de plusieurs de ses contacts et l’amena dans divers asiles.   D’avril à mai, Capri effectua son travail d’agent de liaison et connut ainsi plusieurs autres membres du réseau. Le 29 ou le 30 mai, il fut arrêté et livre immédiatement tout ce qu’il sait aux agents de la Gestapo[26].

 

Le 10 juin 1942, l’appareil répressif s’abat sur les membres du réseau de l’antenne bordelaise qui subit un coup fatal. Ces révélations entraînent l’arrestation de 34 agents, dont Laure GATET qui fut arrêtée le mercredi 10 juin 1942 à 5 heures du matin à son domicile du n° 3 de la rue du Teich, par trois policiers du Sicherheitsdienst ou « service de sureté »[27]. Les conditions de son arrestation ont été rapportées par sa tante.

 

« Mercredi 10 juin 1942. Mon insomnie habituelle me tient éveillée et je goûte le silence de notre maison. Nul bruit ne vient du premier étage où habite notre propriétaire et amie. Au rez-de-chaussée que nous occupons, le tic-tac de la pendulette qui est sur la cheminée de la salle à manger. Près de moi, le souffle régulier de ma chère petite qui dort. C'est encore la nuit. Soudain un violent coup de sonnette qui se prolonge, résonnant dans toute la maison. Je sursaute, je me penche vers ma petite, je lui dis: «Tu entends? On sonne !» Dans un demi-sommeil, elle me répond: «Ce doit être un ivrogne. Dors...» On sonne toujours. J'entends la propriétaire, que le bruit a réveillée, qui ouvre la porte de son balcon, interpelle quelqu'un. Une voix répond: «Police ! C'est pour Melle Gatet.». Je me dresse sur mon lit et je crie: «Oh ! Laure... c'est la police pour toi !». J'allume, il est exactement cinq heures. «Ne t'affole pas, me dit ma petite. Je vais voir.» Sans hâte, elle se lève, chausse ses pantoufles, ouvre la porte de notre chambre qui donne sur le vestibule, prend au porte manteau un manteau qui y était accroché, elle l'enfile sans hâte sur son vêtement de nuit. Je reste à moitié nue sur le seuil de ma chambre. Elle descend les trois marches qui séparent le vestibule de la porte d'entrée. Elle ouvre. Trois hommes entrent. Le dernier referme la porte sur lui. Le premier est assez gros. Sans saluer, tournant seulement du doigt le revers de sa veste, il montre sa carte de policier qui est épinglée. Les deux autres, gringalets en civil comme lui, ne disent rien.- Vous demandez Melle Gatet ? dit Laure. C'est moi. Sans autre explication, ils passent devant elle. M'avisant, ils demandent à qui est l'appartement. Je réponds: «Ici, c'est chez moi, Monsieur. Que voulez-vous ?»  Nous devons visiter votre appartement, Madame, dit-il en pénétrant dans la salle à manger. Un des gringalets reste dans le vestibule, gardant les portes de notre chambre et de notre salle à manger. Les deux autres ouvrent les placards et armoires, examinent leur contenu. Je m'adresse au gros homme et demande qui fait visiter notre appartement. Tout en fouillant dans l'armoire de ma chambre, et sans prendre la peine de se retourner, il me  répond de sa voix rude: «Aujourd'hui, Madame, c'est pour le compte de la police française. Mais il se pourrait que, demain, l'affaire soit prise par la police allemande.» Je savais que nous n'avions rien de suspect dans notre appartement. J'avais remis à une amie

«Hitler et ses douze apôtres», le premier livre interdit par les nazis à leur arrivée à Bordeaux. Je savais donc qu'ils ne trouveraient rien. Mais en regardant mieux l'un des gringalets qui venaient d'allumer des cigarettes, je leur trouvai un air étrange. Ils crurent sans doute que je les blâmais de fumer. En bons allemands faux et obséquieux, ils essayèrent de me faire des excuses, dans un si mauvais français que je compris tout de suite! C'étaient deux boches. Ma nièce, qui ne me quittait pas des yeux, s'approcha de moi. Elle me fit asseoir sur mon lit, me serra très fort le poignet, disant tout bas: «du calme! ». Elle savait pourtant de quoi elle était menacée, j'ai compris par la suite qu'elle avait voulu se montrer digne et me rassurer. Que de fois j'avais puisé mon courage près d'elle pendant les bombardements que nous subissions! Au bout de trois quarts d’heure, ils avaient tout vu, tout avait été vidé, même le poêle où se trouvaient des vieux papiers depuis que nous ne l'allumions plus. Ils avaient renversé sur la table un vase en cuivre qui nous servait de vide-poches et que la femme de ménage ne vidait plus souvent. Alors le policier français dit à ma petite: «Habillez-vous, Mademoiselle, vous allez nous suivre.» J'ai bien entendu cela, mais je n'ai pas réalisé ce qui allait se passer. Elle monta à la mansarde où se trouvait

notre garde-robe et descendit un costume gris qu'elle estimait sans doute être plus de mise que la robe rose qu'elle portait la veille et qui était dans la chambre. Lorsqu' elle fut prête, elle me demanda de lui donner ses cartes d'alimentation. Elle m'embrassa très affectueusement. Je réalisai alors ce qui allait se passer et je poussai un grand cri : «Vous l'arrêtez!».  «Non, Madame, répondit le Français, nous avons besoin de renseignements que Melle Gatet peut nous donner ». Elle partit droite, l'œil sec, en me regardant longuement. Je ne devais plus la revoir. Vers 10 heures, j’allai au Commissariat Central. On me dit d'aller demander aux Allemands. Je courus à la Kommandantur. Après un quart d’heure d’antichambre, je fus introduite auprès d'un Allemand très poli qui, armé d'un petit dictionnaire, me fit comprendre qu'il ne parlait pas très bien le Français (plus tard, la même scène me, fut jouée rue des Saussaies à Paris où j‘allais demander le numéro du dossier de Laure pour pouvoir obtenir un permis de visite). Enfin, après beaucoup d'explications assez en dehors de ce qui me préoccupait, de considérations sur la jeunesse impétueuse qui ne comprenait pas où était son intérêt, sur la parfaite organisation des prisons allemandes, etc., etc., il prit son téléphone, causa en allemand avec quelqu'un au bout du fil, puis, toujours à l'aide de son petit dictionnaire, me fit comprendre qu'elle était au Fort du Hâ, très bien traitée, ayant le droit de recevoir des colis tous les lundis, et que je pourrais y aller le lundi suivant. . Je continuai mes courses à travers la ville, essayant de joindre tel ou tel personnage qui pourrait m'aider à secourir ma pauvre petite. Je ne fus pas  particulièrement bien reçue par tous ceux à qui je rendis visite...  Quand j'allai le lundi au Fort du Hâ, on me dit qu'elle était partie. Je retournai à la Kommandantur. On m'affirma qu'elle était revenue et qu'elle allait m'écrire. Enfin le 3 juillet, je reçus un mot de Melle Genevois me disant qu'elle était à Paris, prison de la Santé. Je sus par la suite qu'elle était restée seulement trois jours au Fort du Hâ, couchant par terre dans une partie pouvant abriter quatre prisonnières, et où elles étaient douze. Elle partit en même temps que presque tous ceux qui avaient- été arrêtés le 10 juin. Jean Cayrol, que j'ai revu depuis son retour d'Allemagne, m'a dit qu'elle avait sur le quai une attitude noble et fière, regardant le Boche en face.»[28] 

 

Le même jour quantité d’arrestations sont opérées à Bordeaux. Plusieurs membres étudiants et enseignants de l’université de Bordeaux sont arrêtés ce jour là,  entre autres le  professeur Genevois, arrêté le 11 juin à son arrivée à la faculté de Bordeaux qui est finalement relâché le 14 septembre 1942, n’appartenant pas au réseau.

 

Les frères Cayrol sont également arrêtés le 10 juin 1942. Jean est arrêté à son appartement de Bordeaux, rue Vital Carles, à 4 heures du matin. Pierre qui a poursuivi ses activités clandestines depuis son installation à Paris, est arrêté le même jour dans son appartement[29].

 

 

 

           

 

 

 

 

 



[1] Idem.

[2] Yves Chanier, Le réseau CND-Castille 1940-1945, Mémoire de Maîtrise sous la direction de monsieur Jean-Jacques BECKER et Madame Danièle DRAY, juin 1995.

[3] « Laure GATET par Louis Genevois »,  Centre Jean Moulin, Bordeaux.

[4] Archives départementales de la  Creuse 44 W 44.

[5] Archives départementales de la Creuse 44 W 44

[6] Archives départementales de la Dordogne 1 T 160.

[7] Archives départementales de la Dordogne 1 T 160.

[8] Archives départementales de la Creuse 44 W 44. A la libération, il est « sur proposition comité de départemental de Libération de la Creuse » du 26 août 1944, « suspendu de ses fonctions » d’inspecteur d’académie à Guéret le 10 octobre 1944. Il conserve cependant son traitement et son grade

[9] Témoignage du professeur Louis GENEVOIS sur Laure GATET, document conservé au Centre Jean Moulin de Bordeaux.

[10] Michel PETEAU, Jean Cayrol. Une vie en poésie, Biographie, éditions du Seuil, 2012, page 119.

[11] Antoine DIEUZAIDE, né à Toulouse le 13 juin 1877, mort à Bordeaux le 13 juillet 1958. Après deux années de droit à Toulouse, il entre dans la compagnie de Jésus au noviciat de Rodez le 8 octobre 1898. A partir de 1914 (sauf 4 années de guerre), il restera affecté à la résidence de Bordeaux. Il est nommé aumônier général de l’Association Catholique de la Jeunesse Française (1914-1938), du scoutisme (1923-1938) et de divers mouvements d’ingénieurs et de patrons chrétiens. En 1920, il fonde le Secrétariat social du Sud-Ouest et en 1927 le Foyer H. Bazire (chapelle, salle de lecture…). Durant la guerre d’Espagne, il s’intéresse au sort des réfugiés basques, se montrant l’un des promoteurs du Secours Catholique. Excellent alpiniste, le RP Dieuzaide  fonde en 1922 le camp de Barèges camp fixe à 1600 m. d’altitude. Cet endroit va être durant la seconde guerre mondiale un haut lieu de la résistance à l’occupant.

Jean-Marie Mayeur et Yves Marie HILAIRE, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Tome 1 – Les Jésuites, édition Beauchesne, 1985, page 94

 

 

[12] Témoignage extrait de « Cahier de la Résistance », n° 15 : « Foi et engagement. Le père Antoine DIEUZAIDE et Eric PETETIN. Joseph SARTHOULET, Témoignage chrétien. Extrait publié sur le site Internet « La résistance en Gironde » du Groupe d’Etudes et de Recherche de la Résistance et de la Déportation.  http://www.ffi33.org/

[13] Idem.

[14] RP Dieuzaide, Barèges et ses morts, édition Desfossées, 1947, pages 30-31. 

[15] Archives départementales de la Creuse 44 W44

[16] Laure GATET par Louis GENEVOIS, témoignage conservé au Centre Jean Moulin de Bordeaux.

[17] Pierre Cayrol, né le 2 mars 1908 à Bordeaux, ingénieur chimiste de Saint Gobain, entré au CND-Castille (agence de Bordeaux) en janvier 1941. Arrêté le 10 juin 1942. Déporté à Oranienburg (matricule 58277). Décédé en déportation le 19 mars 1945.  Jean Cayrol (1911-2005), poète, romancier, essayiste, cinéaste, éditeur bordelais. Membre du réseau CND-Castille (agence de Bordeaux) en janvier 1941, arrêté le 10 juin 1942, déporté dans les camps de concentration de Mauthausen-Gusen (Gusen 1). Il est l’auteur du scénario du documentaire « Nuit et brouillard » d’Alain Resnais (1956). 

[18] Michel PATEAU, Jean Cayrol. Une vie en poésie, Biographie, édition du Seuil, 2012, page 118.

[19] Souvenirs sur mes amis par Louis GENEVOIS, Extraits d'une plaquette éditée par le Comité Départemental des Anciens Combattants de la Résistance (A.N.A.C.R.), non datée mais que l'on peut situer d'après les documents qui y figurent après 1970.

 

[20] L’ensemble des informations concernant l’origine du réseau CND-Castille sont reprises des travaux d’Yves CHANIER directement consultables sur le site Internet de l’amicale du CND-Castille :  http://www.cnd-castille.fr.

Voir notamment les travaux universitaires d’Yves CHANIER :

Mémoire de maîtrise Le réseau CND CASTILLE, 1940-1944, Yves Chanier sous la direction de Jean-Jacques Becker et de Danielle Dray - 1995 - 130 p. - Université Paris X Nanterre.

Mémoire de DEA Le réseau CND CASTILLE, 1940-1945, région par région, Yves Chanier sous la direction de Philippe Levillain - 1997 - 70 p. - Université Paris X Nanterre

 

[21] Témoignage de la mère de Laure GATET figurant en en tête du livre d’or du Lycée d’Etat de Jeunes Filles de Périgueux, 1955 (archives cité scolaire Laure GATET – Périgueux).

[22] Témoignage du professeur GENEVOIS, Centre Jean Moulin de Bordeaux.

[23] Témoignage de la mère de Laure GATET figurant en en tête  du livre d’or du Lycée d’Etat de Jeunes Filles de Périgueux, 1955 (archives cité scolaire Laure GATET – Périgueux)

[24] Idem.

[25] Ces détails figurent dans la biographie de Jean CAYROL, publié en 2012 par Michel PATEAU (voir pages 116-117).

[26] Voir la biographie de Jean CAYROL par Michel PATEAU (pages 124-125). Le personnage de CARTAUD sera incarné par Michel PICCOLI dans le film le Coup de grâce  réalisé par Jean CAYROL et Michel DURAND et tourné à Bordeaux en 1964.

[27] Le « SD »  était une branche principale du Reichssicherheitshauptamt (« office central de sécurité du Reich ») dirigé par Heydrich et qui englobait la Geheimestaatspolizei (Gestapo)

[28] Témoignage publié dans la plaquette réalisée par les élèves de la classe de Terminale 11 « techniques administratives » du Lycée Laure GATET de Périgueux, année scolaire 1983-1984, page 13-14.

[29] Michel PATEAU, Jean Cayrol. Une vie en poésie, Biographie, éditions du Seuil, 2012, page 124-125. Jean ayant confié en toute innocence son adresse à CARTAUD En Février 1942, Pierre CAYROL avait quitté Bordeaux, pour s’installer à Paris, où il avait trouvé un emploi de chimiste au laboratoire de Saint-Gobain.