La scolarité d’une brillante jeune fille. Un parcours scolaire exemplaire…

Les premières années de scolarité de Laure GATET se déroule dans la Creuse. L’excellence de ses résultats, attestent dès son plus jeune âge de réelles aptitudes pour les études

 

Son père étant en poste à AUBUSSON, comme inspecteur primaire, elle fréquente l’école primaire de filles de la place Villeneuve de 1920 à 1924. Elle accumule les prix d’honneur et d’excellence. Scolarisée par ses parents à l’école de Boussac-ville en 19251, c’est là, qu’elle passe à l’âge de 12 ans son certificat d’études primaire le 27 juin 1925. Reçue première du canton, elle obtient la mention « très bien ».

 

Son père est nommé en mai 1925, directeur de l’école normale d’AURILLAC dans le département du CANTAL. Dispensée de 6ème, elle débute ses études secondaires en classe de 5ème (1925-1926) puis les poursuit en classe de 4ème (1926-1927) au collège de jeunes filles de la ville.C’est en 1927 qu’elle entre en classe de 3ème au Collège de Jeunes Filles de Périgueux, où son père vient d’être nommé directeur de l’école normale de Garçons, de la place Faidherbe où la famille bénéficie d’un logement de fonction. Comme toutes les jeunes filles de sa condition, elle se doit d’y suivre sa scolarité jusqu’à l’obtention du baccalauréat en philosophie en juillet 1931.

Une personnalité et un caractère perçus comme hors du commun…

«C'était une fille extraordinaire parce qu'elle ne paraissait pas de son âge. Moi, à l'époque, j'avais 16-17 ans, mais elle me donnait l'impression d'être d'une autre époque tellement elle faisait la fille sérieuse, réfléchie. On avait l'impression qu'elle n'était pas de l'âge de la classe, elle était beaucoup plus mure. Quand je pense à elle, j'ai l'impression de l'entendre parler. Elle avait une voix un peu chantante, elle n'avait pas l'accent de Périgueux [...]. J’habitais rue Saint-Front et elle habitait à l'Ecole Normale place Faidherbe. Alors, on montait et on descendait ensemble, et jusqu'à la rue Saint-Front on bavardait. Il y avait une autre amie avec nous. On avait l'occasion d'échanger pas mal, mais on était gêné avec elle de raconter des choses idiotes parce qu'on pensait qu'elle n'était pas comme ça. On n'avait pas l'impression de pouvoir chahuter, de pouvoir s'amuser avec elle. On n'aurait jamais osé. On la sentait d'une autre catégorie, elle était au-delà de tout cela. Elle avait d'ailleurs une allure... Elle était très grande. Moi, je n'étais pas petite mais je lui arrivais à l'épaule. Elle avait des yeux extrêmement cernés. C'était curieux, ces yeux qui étaient cernés, cernés... C'était même bizarre, ça lui donnait effectivement un air sévère. Elle était très douce, très calme, c'était la fille qui était sans problème avec personne. Elle arrangeait tout. C'était une excellente élève, elle savait tout, et nous, on était vraiment de pauvres cloches à côté.Qu'elle ait pris un engagement dans la Résistance, cela ne m'étonne pas du tout: c'était une fille qui avait certainement des motivations qui dépassaient le commun des mortels. On sentait qu'elle avait des aspirations qui n'étaient pas celles de tout le monde.»3

…dont le souvenir des années d’études à Périgueux, fut délibérément entretenu, dans un souci d’édification de la jeunesse féminine des années d’après guerre. 3

Dans un discours prononcé lors de la pose de la plaque dans le hall de l’ancien collège, le 10 juillet 1947, Mademoiselle Gallandy, revenait sur les quatre années scolaire pendant lesquelles Laure GATET avait fréquentée l’établissement qu’elle dirigeait alors. A travers ses souvenirs et ce portrait dressé à posteriori, empreint d’émotion et de nostalgie, se dresse l’image d’une élève qui par sa précoce maturité et la force de son caractère, semblait déjà prédisposée au destin qui fut le sien. Au-delà de la volonté de magnifier le parcours de cette élève « hors du commun » dans une volonté d’édification de sa mémoire auprès des jeunes élèves à qui il est destiné, se dessine la force d’un caractère qu’attestent d’autres témoignages et qui n’échappait pas à ceux qui l’ont fréquenté.

 

«Ma petite Laurette, j'ai tant pensé à vous depuis que j'ai appris votre emprisonnement et surtout votre martyre, que j'ai eu souvent l'impression que vous étiez près de moi. Aujourd'hui, dans ce vieux collège, où nous avons vécu ensemble, la présence de vos chers parents, de quelques-uns des professeurs, des camarades auxquels vous aviez l'habitude de sourire, rend plus aisée encore l'évocation de votre haute et mince silhouette, de votre visage grave et énergique.Je vous revois au moment de votre entrée en 3e au cours de l'année 1927.J'attendais votre venue : mon amie Mademoiselle Cluzel, directrice du Lycée d'Aurillac, m'avait écrit son amitié pour vos parents et les regrets que lui causait le départ d'une de ses meilleures élèves. Je remarquais la brune grande fille, si grande déjà pour son âge, et si droite, droite comme une épée, qui m'examinait avec grave attention. Sans doute avait-elle été, elle aussi, favorablement prévenue car ses yeux cherchaient les miens et me souriaient...Ce regard loyal, ce sourire grave et confiant, sont inséparables pour moi de votre souvenir, Laurette, et, j'en suis sûre, du souvenir que gardent de vous tous vos professeurs. Tous vous ont aimée car vous étiez vraiment l'élève idéale, celle qui sait écouter et comprendre, dont la personnalité s'affirme sans se montrer jamais agressive ou turbulente et qui crée par son sérieux, bienveillance généralisée, cette atmosphère de sympathie, favorable au travail de l'équipe.Vous n'étiez pas moins appréciée de vos compagnes que de vos professeurs. Elles reconnaissaient votre franchise, votre serviabilité, elles vous savaient gré de la générosité courageuse qui vous prendre spontanément la défense de vos amies lorsqu'elles étaient critiquées sans preuve, aimaient votre égalité d’humeur et votre gaieté. L’humour de vos réparties, vos remarques et malicieuses les amusaient et elles admiraient vos talents particuliers pour le théâtre.Quelques-unes de celles qui m'écoutent revoient certainement le mince et beau «jeune premier» drapé dans sa cape romantique, qui incarna si parfaitement dans une de nos fêtes, le personnage de M.de Chavigny du «Caprice» de Musset.Vous montriez vos réels dons d'animatrice pour organiser des divertissements lorsque votre maman vous donnait la joie d'accueillir chez vous, vos amies et les camarades de ce jeune frère Pierrot, que vous aimiez si maternellement. Vous saviez vous occuper des petits sans négliger les aînées. Conquérir le coeur des uns et des autres.Si votre simplicité, votre franchise, votre bonne humeur attiraient la sympathie des jeunes, la gravité précoce et surtout la fermeté de votre caractère frappaient les parents et vous valaient leur confiante estime. Même enfant, vous saviez que vouloir, ce n'est pas seulement choisir, mais persévérer, de là une remarquable régularité dans votre travail et vos succès dans toutes les disciplines. Car vous réussissiez aussi bien en lettres qu'en sciences, nos palmarès de fin d'années portent le témoignage. »

 

Mademoiselle Gallandy rappelle aussi qu'en avril 1931, quelques mois avant le Bac et le départ de Laure du Collège, les élèves élurent pour la première fois la Présidente de leur coopérative nouvellement créée :

 

«Ce fut Laurette, à une grande majorité et j'entends encore les applaudissements enthousiastes qui saluèrent la proclamation des résultats. Quel plus bel hommage pouvaient rendre ses camarades au caractère de Laurette, à sa franchise, à sa simplicité, sa bonne humeur, sa serviabilité, à cette bienveillance compréhensive et agissante dont elle donnaensuite tant de preuves. Certes, Laurette fut peu de temps à la tête de la coopérative, puisqu'elle nous quitta, quelques mois plus tard pour suivre ses études à la Faculté des Sciences de Bordeaux. Mais elle continua à s'intéresser à notre oeuvre et ne manquait pas de m'en entretenir à chacune de ses visites. Elle fit plus, elle accompagna la Coopérative pendant les vacances de Pâques 1936 dans de voyage en Espagne, qui fut une des plus belles réussites de cette série d'inoubliables randonnées organisée par Mademoiselle Leblon. Comme ils nous rapprochaient, ces voyages, comme ils nous permettaient de nous connaître vraiment et de mieux nous aimer... C'est sur les routes d'Espagne et devant ces merveilles que Melle André, notre guide etinterprète, nous a permis de si bien comprendre, que je revois le plus volontiers Laurette. Il m'est doux de penser à la joie qu'elle y a goutée, le regret qu'elle m'exprima à plusieurs reprises de ne pas avoir entraîné sa «petite tante» dans notre caravane, me montre jusqu'à quel point elle avait été séduite et charmée... Séduite certes, et pourtant, à Bayonne, pendant notre dernière halte, alors que nous visitions la Cathédrale Saint Esprit, aux lignes sobres et harmonieuses, elle me dit à mi voix : « C'est encore plus beau que tout ce que nous avons vu en Espagne, parce que c'est plus simple. Ici, on se sent chez soi.» Chère Laurette, si passionnément éprise de la France ! Mais je m'égare. Si je vous ai parlé de ce voyage, c'est parce que je voulais surtout rappeler l'attitude de Laurette pendant notre randonnée, l'aide constante qu'elle nous donna dans toutes les circonstances critiques, son habitude de s'oublier pour aller au secours des autres. Je la revois soignant Fernande Labrousse prise du «mal de mer» dans notre car et qui me suppliait vainement de lui permettre de regagner Périgueux dès Marmande. je la revois, ou plutôt je l'entends, raisonnant avec sang-froid et bonne humeur pour rassurer les esprits inquiets pendant notre mémorable panne nocturne sur le plateau de Castille ,.je la vois s'efforçant de calmer l'effervescence de nos élèves surprises par la réception triomphale que nous avaient ménagée les Etudiants de Salamanque ; je la revois à Tolède s'improvisant l'ange gardien de Miss Scott, l'assistante . anglaise, trompée par la dangereuse douceur du vin d'Espagne ; je la revois surtout s'avançant vers moi lorsque la montée était un peu rude et m'offrant son bras secourable... Chère petite Laurette, si spontanément bonne et délicate comme je voudrais pouvoir m'appuyer encore sur votre bras, comme je sens la détresse de ceux qui avaient le droit d'espérer, jusqu'à la fin de leur vie, un si ferme et si sar appui ; Oui pendant ce voyage en Espagne, j'ai été très près de votre enfant chérie, mes chers amis, ce que j'ai vu d'elle, ce qu'elle m'a raconté de sa vie à Bordeaux, ne pouvait qu'augmenter l'estime et l'affection que je lui portais. ».